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Élisabeth Revol, née le 29 avril 1979 à Crest (Drôme), est une alpiniste française, notamment connue pour ses réalisations himalayennes en style alpin. Elle débute par son premier sommet à 6 000 m en 2006 puis deux ans plus tard, part sur l’Himalaya. Elle est la première femme à avoir réalisé le triplé Broad Peak – Gasherbrum I – Gasherbrum II en solitaire et sans oxygène. Le Gasherbrum I – Gasherbrum II sont enchaînés en un temps record de 52 heures sans retour au camp de base. Elle est également la première femme à réussir un 8 000 en hiver, en style alpin au Pakistan. Ouverture d’une voie en face nord-ouest en hiver. En janvier 2018, elle bénéficie d’un sauvetage exceptionnel dans des conditions très difficiles sur les pentes du Nanga Parbat après avoir réussi son ascension. Un an et demi après son sauvetage, elle réussit l’ascension de l’Everest (8 848 mètres) puis gravit le lendemain le Lhotse, quatrième sommet du monde, culminant à 8 516 mètres d’altitude, et adjacent à l’Everest.

Nous avons eu la chance de recueillir le témoignage d’Elisabeth.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? 

Elisabeth Revol, alpiniste et himalayiste depuis plus de 20 ans. Plusieurs 8000 à mon actif.  Ma philosophie : poursuivre mes rêves aussi ambitieux et engagés qu’ils soient avec sincérité et humilité.

Ou avez-vous été confinée ?

A Saoû dans notre petite maison. C’est un privilège, et nous sommes conscients de n’être pas tous logés à la même enseigne. Nous avons la nature.

Avez-vous été seule pendant le confinement ?

Non, avec l’homme que j’aime.

Comment vous-êtes vous occupée pendant le confinement ? 

Tous les jours je posais une intention à faire pour la journée, que ce soit un travail, un exercice physique ou autre chose. J’avais un temps de yoga au réveil, ensuite je prenais une douche froide. J’étais ainsi prête et en pleine forme pour la journée. J’évitais les journées routines. Je m’entraînais différemment, j’alternais les intensités et jouais avec les intervalles dans un espace restreint.  Nous prenions le temps de tout cuisiner, achetant juste les matières premières. Je dévorais les livres. Je jardinais. J’écrivais. Je méditais. Je travaillais sur divers projets.

Avez-vous fait des choses inhabituelles pendant le confinement ? 

Oui j’ai entrepris un jeûne de grimpe et j’ai eu le temps de me poser, ce qui ne m’arrive quasiment jamais.  Sinon pour répondre à la vraie question, dans cette lenteur retrouvée et ce temps suspendu… Tous les matins depuis plus d’un mois, je prenais une heure pour mon développement personnel suivi d’une douche froide.

Un livre ? Un album ? Une recette ? Un truc à conseiller lorsque l’on se retrouve seul ?

Livre : je suis dans une série de Laurent Gounelle ! top !

Un album : je suis dans les tonalités de musique calme, douce et relaxante.

Une recette : un jus vert à l’extracteur, à base d’ortie, carotte et pomme.

Un truc à conseiller : bouger, développer sa liberté intérieure, réfléchir sur ce qui est essentiel dans nos vies et laisser son téléphone ou son ordi de côté.

Comment définiriez-vous l’aventure ? 

Pour moi, l’aventure c’est pouvoir sortir de sa zone de confort, oser casser sa routine, changer ses repères. Oser est le début de l’aventure… et à partir de là c’est l’inconnu, accepter que l’aventure nous fasse et nous défasse ! Et parfois, tu n’as pas besoin d’aller au bout du monde pour ça….

Racontez-nous en quelques mots une ou deux de vos aventures les plus marquantes :

  • Une ascension en non-stop maison- maison, dans le couloir nord des Drus avec un collègue. Nous partons pour un one push du vendredi soir au dimanche midi. 50 h sans dormir ! Un créneau court (entre boulot et météo) pour pimenter un peu plus les choses ; Dans ce timing : trajet Grenoble-Chamonix, approche au clair de lune, grimpe en glace et rocher, pour sortir sur l’un des sommets les plus magiques, dur et beau des Alpes. Puis retour dans la vallée avant le mauvais temps. Micro sommeil sur une vire au milieu des vernes avant le retour à pied sur Chamonix avec les nuages de plus en plus denses. Nous jetons un dernier coup d’œil dans la face avant de rentrer sur Grenoble. Nous alternons de conducteur régulièrement, enchaînons les pauses cafés et musique à fond pour ne pas s’endormir. Dodo enfin mérité en fin d’après- midi pour une longue nuit de sommeil, des rêves pleins la tête. Depuis ce jour, je sais que c’est dans l’intensité que je vis mes plus belles aventures.

 

  • La Walker dans la mythique face nord des Grandes Jorasses. Une voie qui m’a inspiré et faite rêver dans ma jeunesse. Ouverte en 1938 par Cassin and Co, c’est une course qui a marqué l’histoire de l’alpinisme… Un itinéraire logique qui exploite les faiblesses de l’éperon…C’est pour le côté historique et affectif que j’avais une envie presque viscérale d’y mettre les pieds ! Je devais avoir 12 ans, quand, je dévorais toute la littérature alpine dans la bibliothèque de mes parents. J’étais fascinée par ces récits d’ascensions. Dès lors, je m’étais mise dans l’idée de parcourir un jour ces itinéraires historiques, tout en me disant que je n’aurais jamais le niveau ! Un matin de juillet nous partons de Chamonix à pied, pour le Montenvers puis en direction du pied de la face. Nous bivouaquons sur une vire exigüe au pied des difficultés, puis c’est l’enchaînement de tous ces noms qui raisonnent dans ma tête depuis tant d’année : dièdre de 75 mètres, rappel pendulaire, la tour grise, les dalles noires, les dalles grises, le névé triangulaire, la tour rousse. Tous ces passages que j’avais imaginé durant ces années se trouvent en réalité bien différents sur le terrain. Quelle joie de grimper cette voie ! De retour de cette aventure, j’en garde le souvenir d’une course hors du commun où le mot montagne prend toute sa noblesse. Une de mes belles ascensions… un pan de l’histoire de l’alpinisme ou l’aspect historique revêtait à mes yeux un caractère aussi important que l’esthétisme du parcours …. mais surtout un beau voyage dans l’imaginaire de mon enfance.

Etes-vous superstitieux (se) ? Avez-vous un objet porte bonheur qui vous suit partout en aventure ?

Superstitieuse non. Un objet qui me suit tout le temps : ma caméra pour le côté « confidente » d’émotions ou de prises de consciences, mais je ne la prends pas en porte bonheur…

Comment vivez-vous la solitude lorsque vous partez en aventure ? 

Je la vis bien car je l’ai choisie et je vais la chercher. La solitude en la montagne c’est comme une méditation, un voyage à l’intérieur de soi, qui permet de mieux se connaître et se recentrer. C’est une école de la vie, dans le silence, passant peu à peu de l’ombre à la clarté, de l’ignorance à la connaissance… pour ma part.

Quels ont été vos conseils pour braver la solitude et tuer l’ennui pendant le confinement ? 

Centrer son attention sur des détails que l’on vit dans le moment présent. S’aérer, observer, réfléchir, prendre conscience des choses. Et lire c’est un beau voyage pour passer le temps et s’évader.

Pensez-vous qu’il y aura des aspects positifs après covid ? Croyez-vous à une prise de conscience collective et à une meilleure cohabitation entre les hommes et la nature? 

Je l’espère ! une prise de conscience individuelle arrivera à des prises de consciences collectives. « Soyons, le changement que nous voulons voir dans ce monde » comme disait Gandhi. Alors j’espère que les peurs se transformeront en courage et que des projets individuels se concrétiseront. J’espère qu’émergera ensuite le désir de prendre soin du collectif avec attention et respect, dans l’égalité. J’espère que la terre pourra continuer de respirer et que nous serons là pour la protéger. J’espère que l’on consommera différemment, laissant la nature se reposer après un siècle de « folie ». Alors oui je rêve de ce beau changement pour chacun d’entre nous. Et j’aspire à un juste équilibre de tout entre l’homme et la nature.

Seriez-vous prêt à venir dans un lieu One Experience pour parler à des collaborateurs d’une entreprise ? Oui

Avec quelle thématique êtes vous le plus à l’aise pour parler à une entreprise ?

Motivation/repousser ses limites, résilience /gestion de l’échec, atteinte d’objectif/performance, prise de décision/confiance en soi.

 

Bonus : Retour au Nanga Parbat, récit d’un sauvetage exceptionnel

En décembre 2017, Élisabeth Revol et Tomasz Mackiewicz atterrissent à Islamabad puis retournent à nouveau sur cette montagne, la montagne tueuse, aussi appelée la « montagne nue » ou Diamir (signifiant « Roi des montagnes »). Elle a déjà tenté trois fois auparavant et Tomek six fois.

Ils restent bloqués trois semaines à 3 800 m à cause du mauvais temps et surtout de vents violents contrariant leur acclimatation. En date du 22 janvier, ils sont au camp  à 6 600 m. Après un jour blanc et d’attente à cause du jet stream, les empêchant d’établir un camp à une altitude supérieure plus proche du sommet, le soleil revient. Il fait beau ce matin du 25 janvier 2018 au camp  à 7 300 m, même si l’hiver reste glacial. Ils partent tardivement à 7 h 30, légers, confiants, avec l’équipement minimum pour faire l’aller retour dans la journée en style alpin. En fin de matinée, après des passages compliqués, ils sont à 7 500 m, seuil symbolique appelé la zone de la mort par les alpinistes. Les difficultés d’ascension s’accroissent à mesure qu’ils progressent. Ils perdent donc du temps et arrivent à 8 036 m à 17 h 15, un peu tard sur le timing ; mais motivés et pleins d’émotion, ils prennent collégialement la décision de continuer, le froid restant encore gérable juste avant que le soleil ne se couche. Vers 18 h, de nuit, et dans des températures extrêmes (-50, −60 °C), elle est au sommet, attendant Tomasz Mackiewicz avant d’engager une descente engagée. Les conditions météos sont dantesques. Ils réussissent ainsi la première ascension hivernale en style alpin (sans porteur, sans oxygène, sans corde et camp fixe), par une nouvelle voie. Élisabeth Revol réussit la première hivernale féminine de ce si dur sommet.

Au sommet, sans signe précurseur, Tomasz Mackiewicz lui dit qu’il a des problèmes de vue: « Éli, qu’est-ce qui se passe avec mes yeux ? Éli, je ne vois plus ta frontale, je te voie floue »! Il est atteint de cécité des neiges. Pour Élisabeth Revol, la joie d’être au sommet se transforme en cauchemar ; elle doit réagir rapidement et commencer une fuite vers le bas pour perdre de l’altitude. Devant l’urgence de la situation, elle l’aide à descendre durant toute la nuit à la frontale, l’épaule, le réchauffe dans des conditions extrêmement sévères. Glacés par les températures et le vent, ils doivent impérativement chercher à atteindre leur camp de base, sans s’arrêter, le tout dans une marche ralentie par l’état de Tomek. Cet état se dégrade rapidement. Tomasz Mackiewicz commence à avoir des symptômes d’œdème pulmonaire et cérébral, urgence absolue en alpinisme sans oxygène. Il retire son Buff de son nez, ayant du mal à respirer. De plus, il a très froid, principalement aux mains. Elle tente de lui faire une injection de dexaméthasone, mais l’unique aiguille se casse sur la combinaison de l’alpiniste polonais. Élisabeth Revol lui donne alors la dexaméthasone sous forme de quatre gros cachets. La descente devient de plus en plus infernale, l’état de Tomek continuant de se dégrader, mais ils progressent doucement, aidés par les automatismes de cordée établis au cours de leurs expéditions communes.

À 7 522 m, elle comprend qu’ils sont piégés : le duo n’atteindra pas le camp mais ne peut pas s’arrêter là. À 23 h 10 elle lance un SOS sur son inReach, puis informe dans la nuit le camp de base, son mari, et Anna la femme de Tomek de la périlleuse situation dans laquelle ils se trouvent. Tomek avec de très graves gelures, dès le début de la descente a du mal à avancer, à bouger et il respire toujours difficilement. Ils continuent à progresser malgré tout. Sur un passage plus facile, Élisabeth Revol part seule devant chercher un endroit où ils pourraient s’abriter.

Ils arrivent finalement à se réfugier dans une crevasse à 7 282 mètres d’altitude vers 4 h du matin. Tomek est totalement à bout de force arrivant à peine à mettre un pied devant l’autre. Des messages de soutien arrivent sur l’inReach d’Élisabeth, la prévenant de l’organisation de secours terrestres et aériens. Ils sont encore en vie au matin du 26 janvier. Au lever du jour, elle décide de traverser et monter seule au camp pour récupérer duvet, nourriture, réchaud, matelas. Le temps ayant effacé les traces de la montée effectuée deux jours plus tôt, doublé du manque de concentration dans une telle situation, pendant plusieurs heures elle cherche son camp  et sa tente ; face à l’échec, elle décide de rejoindre son compagnon d’ascension dont l’état physique a encore empiré. Elle envisage alors les options possibles, les différentes voies pour rejoindre une altitude plus basse. Tous deux sortent difficilement de la crevasse les protégeant. « Intérieurement, je suis vidée » précise-t-elle. Convaincue par son expérience et les messages de son équipe qu’il lui faut descendre en dessous de 7 000 m, Élisabeth Revol ne se résout pas à laisser son compagnon. Après échanges de messages l’informant des prochains secours, elle redescend Tomek dans la crevasse et se décide à partir pour l’altitude demandée en milieu d’après midi.

Une opération de secours héliportée est lancée pour tenter de sauver Tomek. Un groupe international d’alpinistes secouristes se mobilise rapidement. Alors, sur les conseils de ceux-ci, la seule solution est de faire descendre Élisabeth Revol en solitaire, pour avoir une chance de récupérer Tomasz Mackiewicz par les airs. Il est dans un état désespéré à 7 200 m. En parallèle, dans la nuit du 25 au 26 janvier 2018, informée par un SMS de l’époux d’Élisabeth Revol, une amie d’Élisabeth, Masha Gordon monte en urgence une campagne de financement participatif sur internet pour financer le décollage d’hélicoptères pakistanais. L’information circule très rapidement sur les réseaux sociaux. En quelques heures les fonds sont trouvés, principalement de la diaspora polonaise. Les secouristes espèrent sauver Tomasz. Durant ce temps, Élisabeth descend relativement rapidement malgré le manque d’équipement, par la voie Kinshofer, vers le camp. Juste après 16 h, elle apprend que les hélicoptères seront peut être là pour le lendemain ; toujours dans l’espoir, elle atteint peu après l’altitude de 6 671 m demandée par les secours pour l’envoi de l’hélicoptère. Sachant qu’elle va passer une nuit de plus sur la montagne, elle cherche des solutions et fini par trouver un abris précaire. Sa nuit est extrêmement chaotique, elle sait qu’elle ne doit pas dormir par ce froid, mais ne peut résister à l’épuisement. Au matin elle est atteinte de gelures après avoir retiré une chaussure à cause d’une hallucination, ainsi que d’épuisement après trente-cinq heures sans manger et isolée. En milieu de matinée, assoiffée et dans l’incompréhension de ce qui s’organise autour d’elle comme secours, elle décide de sortir de son recoin glacé puis apprend vers 13 h que les hélicos ont décollé. Mais plus de quatre heures après, toujours pas de secours en vue ; malgré le mauvais temps qui arrive, elle souhaite alors continuer à descendre, de nuit, sans lumière ni équipement, mais aidée par des cordes fixes laissées là par une précédente expédition.

Pendant ce temps là, une équipe d’alpinistes polonais, Adam Bielecki, Denis Urubko, Jarosław Botor et Paweł Tomala, se porte volontaire afin de partir aider leurs amis en perdition sur les flancs du Nanga Parbat. Il attendent un temps l’hélicoptère qui les dépose vers 17 h 30 sur le Nanga Parbat à 4 850 m sous le camp. Après huit heures d’une ascension hors norme, Urubko puis Bielicki parviennent à 5 950 m vers 2 h à faire le lien avec Élisabeth Revol. « Adam, I have her »  crie Denis Urubko. Exposée en permanence aux vents, sans connaissance de l’état de son compagnon ni des secours, la seconde nuit sur la montagne, seule, a été extrêmement éprouvante pour l’alpiniste. Elle n’était même pas au courant qu’une équipe montait à sa rencontre. Malgré tout, elle gère sa descente qualifiée de cauchemardesque. Devant les conditions climatiques Adam Bielecki l’informe qu’un sauvetage pour récupérer Tomasz est impossible : « Éli, je suis désolé, mais on ne peut rien faire. Il faudrait être six pour le redescendre, et avec des bouteilles d’oxygène » La décision est prise par l’ensemble de l’équipe de soutient. Déjà à ce moment-là, le sauvetage a pris une ampleur médiatique. Après un repos de quatre heures dans un bivouac précaire, le groupe de trois décide de descendre. Les doigts d’Élisabeth sont gelés et inutilisables, mais aidée et encordée, elle progresse et fini par rejoindre l’hélico. Entre la dépose des deux alpinistes et la montée d’Élisabeth Revol dans l’hélicoptère, il ne s’est écoulé que dix-huit heures.

Élisabeth Revol a réussi à descendre et est encore en vie malgré des dizaines d’heures passées en altitude, dans un froid extrême, un vent à 150 km/h, sans eau, nourriture et équipement : ses pairs lui reconnaissent une grande force mentale et Stéphane Benoist cite une énergie, une capacité de survie bien au-delà du commun des mortels. Les spécialistes d’ascensions hivernales en Himalaya Adam Bielecki et Krzysztof Wielecki diront qu’aujourd’hui encore ils ne comprennent pas comment Élisabeth a pu survivre à trois nuits dehors ; survivre une nuit sans bivouac en hiver sur un 8 000 est quasi impossible.

Après avoir quitté le camp de base, les deux hélicoptères se posent sur une base militaire pour faire le plein ; l’équipe est rejointe par l’Ambassadeur de France au Pakistan. Dans un état de désespoir complet Élisabeth Revol est transférée à Islamabad durant deux jours puis à Sallanches le 30 janvier afin de soigner ses gelures. Elle évitera l’amputation et ne gardera aucune séquelle.

Le jour de sa sortie de l’hôpital le 7 février, Élisabeth Revol donne une conférence de presse à Chamonix et les médias s’emballent. Sous l’emprise de la culpabilité, en « deuils traumatogènes » et en choc post-traumatique elle accuse à tort l’armée pakistanaise et elle-même : un phénomène bien connu et identifié en psychologie.

L’information du sauvetage a été relayée par tous les médias généralistes, avec son lot de commentaires en tout genre sur les réseaux sociaux. Beaucoup en ont parlé sans même avoir eu le moindre détail de source fiable et vérifiée. Elle est détruite par les pensées négatives, les jugements hâtifs, les insultes. Dès le début du sauvetage, une stricte sélection parmi les journalistes est réalisée par deux attachées de presse, Anne Gery et Laetitia Briand afin de préserver Élisabeth Revol de la pression médiatique. L’AFP, Envoyé Spécial et VSD sont les trois médias sélectionnés. Les autres écartés, afin de laisser un maximum de repos à Elisabeth. Anne Gery précise : « il a été décidé de répondre à un seul support de presse : l’Agence France Presse. Ce choix allait au plus rapide, au plus simple, et sans doute au plus respectueux et avec une journaliste sensibilisée à la montagne… » Une seule interview. Une seule source. Antoine Chandellier du Dauphiné libéré, précise que la presse régionale, spécialisée, montagnarde, qui a été la première à parler de ses ascensions et à relayer l’appel de crowdfounding, est écartée. […] Cette mauvaise communication suscite des polémiques.

Avec le recul, elle analyse la cascade de petites erreurs qui ont conduit au drame. Ils ont toujours évalué les risques de leurs expéditions pour les réduire autant que possible. Elle reconnait aussi que son expérience et ses automatismes lui ont sauvé la vie, lui permettant de descendre.

Dans un long cheminement de retour à la vie, elle écrit une lettre émouvante à son compagnon de cordée disparu, publié en mai 2018. Elle se remet rapidement au sport : course, vélo, grimpe. Un an après, elle envisage de retourner sur le Nanga Parbat, mais la mort de deux alpinistes en mars 2019 sur cette montagne lui fait abandonner l’idée. Elle reste coupée des médias jusqu’en octobre 2019.

Son addiction aux hauts sommets fait qu’en avril 2019, après s’être acclimaté sur le Lhotse, elle entreprend l’ascension de l’Everest par une voie normale, non exposée, refusant ainsi l’idée de performance ou prise de risques. C’est un test pour elle-même. Elle part à 22 h du camp. Mais ce mois de mai reste une saison touristique pour cette montagne. Elle est bloquée une heure à 8 500 m et ne pouvant rester dans les principes du style alpin, elle utilise l’oxygène vers le sommet sud 8 700 m, à cause du trafic encore trop important dans la voie : il est dangereux de rester immobile à attendre sans oxygène à ces altitudes, l’organisme s’épuise et le froid saisit de suite. L’oxygène avait été imposé par son sponsor et quelqu’un la suivait avec une réserve. Elle parvient le 23 mai au sommet par le versant sud, passant le Ressaut Hillary. Un rêve de gamine. Le retour au camp se fait dans la tempête. Une polémique va s’engager concernant son usage de l’oxygène et dure deux semaines. Elle restera au Népal durant cette période, loin d’internet.

Le lendemain, elle à un court créneau météo et part seule à 3 h gravir le Lhotse, sommet adjacent à l’Everest et quatrième sommet du monde avec 8 516 mètres. Elle atteint le somment à 9 h 20. Cette double ascension est sa convalescence, sa guérison.

En septembre 2019, elle gravit le Manaslu, sommet himalayen culminant à 8 163 m afin, précise-t-elle, de fuir la pression médiatique liée à ses précédentes ascensions et à la sortie de son livre.

Quelque temps après, elle publie un récit de son aventure aux éditions Arthaud. Elle sème ses démons, devient une icône et l’une des plus belle histoire de 2019.