Éric Loizeau est un navigateur et alpiniste français surnommé « Le Captain ». Breton du Finistère, il a commencé à naviguer dès l’âge de 7 ans. Il est connu pour avoir été l’un des grands skippers des années 1981. Ayant changé de vie pour devenir alpiniste dans les années 1990, il a gravi le Mont Everest en mai 2003. Il est l’organisateur du Trophée Mer Montagne. Par sa vie passée entre la mer et la montagne, du Cap Horn à l’Everest, grâce à son expérience de skipper et de chef d’expéditions, Eric possède un savoir incontestable dans la conduite des équipes et le respect de l’environnement. Depuis son retour de l’Everest, éco-explorateur du monde, il se consacre à la protection des océans et plus particulièrement à la lutte contre la pollution plastique au sein de la fondation suisse Race For Water dont il est l’un des ambassadeurs. Après avoir participé à l’Odyssée 2015 à bord du trimaran de course MOD70, il effectue des missions sur le nouveau bateau ambassadeur de la fondation, le catamaran solaire Race For Water, modèle de transition énergétique, parti pour un périple de cinq ans autour du monde, l’Odyssée de l’Espoir dont les objectifs sont le témoignage, le partage et l’action.

Eric, comment définiriez-vous l’aventure ?  

Quand je pense à l’aventure, la première notion qui me vient à l’esprit est la recherche de Liberté ! Elle peut se pratiquer seul ou avec des compagnons. Seul, elle donne l’avantage d’apprendre beaucoup sur soi-même. En groupe, l’aventure permet souvent des échanges très riches d’un point de vue humain et social.

L’aventure, ce n’est pas forcément quelque chose à l’autre bout du monde ou quelque chose de compliqué. Chacun se l’approprie comme il le souhaite. Par exemple, un petit vieux qui part d’un port avec son petit bateau de pêche promenade pour rallier l’ile d’en face vivra cela comme une aventure.

Racontez-nous en quelques mots une ou deux de vos aventures les plus marquantes 

Mon projet de gravir l’Everest comportait beaucoup d’incertitudes et de risques. La notion d’incertitude est d’ailleurs très liée à celle de l’aventure. On peut difficilement envisager une aventure sans incertitude. Quelque part, c’est ce qui la rend passionnante. Cette ascension a réellement changé ma vision du monde mais ça je pourrais en parler des heures…

La course autour du monde que j’ai faîte avec le bateau GAULOISES 2 et tout un équipage était pour moi l’Aventure avec un grand A ! On partait à la fois pour une aventure de jeunesse dans des mers encore peu parcourues à la voile et à la fois pour gagner la course. Cependant, dans le milieu de la voile, certains avancent que la notion d’aventure à tendance à se perdre aujourd’hui comparé à autrefois. Selon moi, même si la dimension sportive du Vendée Globe prend de plus en plus de place, cela reste une aventure formidable pour les marins. Ils partent tout de même faire le tour du monde en solitaire sans escale à la voile !

Etes-vous superstitieux ? Avez-vous un objet porte bonheur qui vous suit partout en aventure ? 

Je ne suis pas vraiment superstitieux et je n’ai pas d’objet porte bonheur pendant mes expéditions. En revanche, je pense que les superstitions ne viennent pas de nulle part et j’ai un certain respect vis-à-vis de celle-ci : ne pas prononcer le mot « lapin » à bord d’un bateau. Cette superstition, vient du fait que dans le temps, les navires Français emportaient des rongeurs dans les cales des navires pour garder de la nourriture. Et ces animaux venaient ronger les cordages ! Ces faits se sont donc transformés en une superstition selon laquelle il ne faut pas prononcer le mot « lapin » à bord d’un bateau…J’essaye donc de ne pas dire ce mot à bord par respect pour la tradition.

Comment vivez-vous la solitude lorsque vous partez en aventure ?   

La première fois que j’ai navigué en solitaire, c’était enfant à l’âge de 13/14 ans pour tenter de faire comme les héros des livres que je lisais à l’époque : Joshua Slocum, Alain Gerbault etc…

L’aspect solitaire ne m’a jamais dérangé. Au contraire, je le vivais plutôt comme une performance grisante. En effet, quand vous menez seul un bateau conçu pour 15 équipiers, vous avez un degré de satisfaction assez fort !

La solitude ne me dérange pas quand elle est volontaire. Sinon, je ne suis pas quelqu’un de vraiment solitaire. J’aime être avec les autres, comme beaucoup de marins d’ailleurs ! Si on fait un parallèle avec un prisonnier ou même le confinement que nous sommes en train de vivre, c’est très différent, car il s’agit dans ces cas d’une privation de liberté !

Racontez-nous la fois où vous avez passé le plus de temps seul sans parler ni voir personne . Pouvez-vous tenir longtemps sans interaction social ?  

Lors de la Transatlantique à bord de Gauloises IV, il n’y avait pas encore les moyens de communications actuels. Cette traversée de l’Atlantique à durée 12 jours, cela a d’ailleurs été le record à l’époque. Beaucoup de gens pensent que les marins en solitaire ont la possibilité de s’ennuyer pendant ce type de périple, mais en fait c’est tout l’inverse, nous n’avons pas une minute à nous ! A bord, nous avons énormément de choses en tête et à faire, entre la stratégie, les différentes réparations techniques, les manœuvres physiques etc.…Nous sommes débordés ! En solitaire, sur ce type d’aventure qu’elle soit maritime ou montagnarde, tu n’es jamais dans un silence mural, tu te parles à toi-même, tu t’exprimes sur tes choix, tu parles à ton bateau, à la mer, ta pensée raisonne !

Avez-vous des conseils pour braver la solitude et tuer l’ennui pendant le confinement ?  

Je dirais que la lecture et l’écriture sont de vrais passe-temps bénéfiques ! L’écriture particulièrement permet d’organiser sa pensée et c’est un vrai exutoire. Si dans nos pensées les idées se bousculent et se suivent parfois de façon désordonnée, l’écriture permet d’ajuster cela. En écrivant, une idée en appelle une autre, et ainsi de suite, par association. Ce qui est intéressant dans ce processus, c’est que vous posez les choses et visualisez de façon concrète le fil de vos pensées qui se déroule sur le papier. De jour en jour, vous pourrez constater que grâce à l’écriture vos idées se clarifient et se multiplient et que votre esprit s’ouvre à de nouveaux horizons. Votre curiosité intellectuelle est stimulée et vous améliorez votre inventivité aussi bien dans les domaines pratiques de la vie quotidienne que dans le relationnel.

Pensez-vous qu’il y aura des aspects positifs après Covid ? Croyez-vous à une prise de conscience collective et à une meilleure cohabitation entre les hommes et la nature ?

Pour être tout à fait honnête, je n’ai malheureusement pas l’avis des plus optimistes sur la question… Je pense que nous allons en tirer forcément un peu de positif, mais j’ai peur que tout redevienne progressivement comme avant en termes de sur-consommation et non-respect de l’environnement. En revanche, les gens seront plus que ravis de ressortir et il y aura un engouement probablement comparable à celui des années folles. Nous nous rendrons tous compte à quel point la privation de liberté est lourde à accepter et qu’il faut profiter de l’instant présent.

Donnez-vous des conférences sur vos aventures ? 

Les dix années après mon ascension de l’Everest, j’ai donné beaucoup de conférences dans les entreprises sur la confiance en soi, le dépassement de soi etc. Aujourd’hui, je suis principalement concentré sur la prise de conscience écologique et surtout sur la limitation de la production des déchets, vers une économie circulaire où on ne gâche rien. Le virus du plastique et probablement plus dangereux que le covid-19 à long terme!

Savez-vous quelle est l’origine des sacs plastiques ? Il s’agit d’une initiative écologique d’un scientifique suédois pensant avoir trouvé la grande solution contre la déforestation. C’est tout de même incroyable qu’un de nos principaux fléaux soit parti d’une bonne intention écologique. Les solutions pour remédier à ces problèmes seraient de trouver un modèle rémunérateur pour la destruction des plastiques. Il y aurait alors un vrai cercle vertueux écolo-économique. Aujourd’hui, il y a des solutions avérées comme l’invention de la Biogreen qui permet de produire de l’énergie par la combustion des plastiques sans émission de gaz toxiques mais qui reste encore trop onéreuse.

Seriez-vous prêt à venir dans un lieu One Experience pour parler à des collaborateurs d’une entreprise ? 

Bien entendu avec plaisir !

 

One Experience – https://www.one-experience.fr/